Politique et image, la question ne sera plus posée: fin d'Arrêt sur image
La presse serait-elle devenue tellement libre qu’il n’est même plus besoin d’investiguer sur le sujet ? C'est ce que semble penser France Télévision qui ferme l'excellent « Arrêt sur image ».
Le second tours des législatives scelle la fin d’une longue période de campagne qui avait commencée avec les présidentielles. Le lendemain même on apprenait la fermeture de la seule émission de télévision investiguant sur le pouvoir télévisuel : « Arrêt sur image ». Le choix de la date (le lendemain des élections), les résultats d’audience très honorables pour la chaîne, la qualité et l’utilité unanimement reconnue de l’émission et les justifications aussi embarrassées que tardives de la direction de France 5 ne laisse aucun doute sur les origines politiques de ce choix. Officiellement c’est le directeur d’antenne qui a pris sa « décision dans la solitude de son bureau ». En fait une décision de cette importance n’a pas pu être prise par un autre que le patron de France Télévision lui-même, Patrick de Carolis. Qui fut - rappellons le - élu par un conseil choisi à part égale par le Sénat (UMP), par l’Assemblée Nationale (UMP) et l’Elysée (UMP) et dans l'opacité qui caractérise le système français (copinage et intérêts personnels devenant les valeurs essentielles).
Quand on sait que les deux tiers des français prévoyaient de faire leur choix présidentiel en fonction de la télévision seule, on se rend compte à quel point une émission de ce type est vitale pour la démocratie. Après la suppression, l’année dernière, de la seule émission radio investiguant sur le pouvoir de la presse (« Le quatrième pouvoir » d’Elisabeth Levy sur France Inter), c’est la seule émission de ce type à la télévision qui disparait.
La presse serait-elle devenue tellement libre qu’il n’est même plus besoin d’investiguer sur le sujet ?
Le même jour on apprenait que les émissions « Ripostes » et « Chez F.O.G » étaient également sur la sellette. Finalement ce sont pratiquement toutes les émissions du service publique traitant avec un peu de fond la politique intérieure qui sont menacées. C'est le même jour que la rédaction des Echos, composée de journalistes économiques peu suspects de dérive gauchiste, se met en grève pour la première fois depuis un quart de siècle car eux aussi menacés d'étouffement politique en cas de rachat par Bernard Arnault (L'homme d'affaire le plus riche de France et témoin de mariage de Nicolas Sarkozy). Chacun son tours...
La disparition progressive de tout ce qui s’extrait du brouhaha médiatique continue. Tranquillement.
Turlupouet, le 19/06/2007 17:50
Précision de dernière minute : « Ripostes » et « Chez F.O.G » sont maintenus à l'antenne de France 5 pour l'année prochaine.
"Je suis convaincu que la peur du gouffre finira par jouer et que le Oui passera."