Crise boursière : tout le monde semble tomber des nues
Crise des subprime, tout le monde en parle! Pourtant le journal Marianne avait détaillé tous les risques qui nous menaçaient voilà dix mois déjà. Voici les liens, encore parfaitement d'actualité. Pourquoi furent-ils les seuls à tirer la sonnette d'alarme?
LE sujet d’actualité numéro un depuis deux semaines maintenant, c’est la crise des subprimes qui secoue la bourse. Tout le monde en parle. Celle-ci nous tombe sur la tête d’un coup et on découvre qu’une crise venue des États-Unis risque d’avoir des conséquences importantes sur l’économie mondiale.

Pourtant l’hebdomadaire Marianne avait détaillé dans le menu, dans un dossier complet, tous les dangers qui sont à l’origine de la crise actuelle… voilà dix mois, déjà ! Sous le titre évocateur de « 5 BOMBES AU COEUR DU CAPITALISME » (numéro 495, semaine du 14 octobre 2006 au 20 octobre 2006), Marianne décortiqua tous les dangers que fait porter la financiarisation excessive de notre économie (c'est-à-dire le passage d’une économie où la finance soutient l’économie réelle à une économie où la finance investit dans la finance et la spéculation pure, au détriment de l’économie réelle) et la déréglementation aboutissant une fragilisation extrême des marchés (risques d’effet domino en cas de faillites).

La cinquième « bombe » se nommait justement : « Les américains malades de la pierre ». Référence, bien sûr, à la chute des prix de l’immobilier aux États-Unis, qui causa la crise qu’on connaît aujourd’hui. Le détail de l’article était déjà très explicite, voir prémonitoire : « "Les banques font tout pour distribuer et refinancer les crédits immobiliers. Elles sont tellement agressives qu'elles sont prêtes à surévaluer la valeur des maisons de près de 2% à 3%", précise Evariste Lefeuvre d'Ixis CIB. Reste que, comme l'a montré une étude du FMI datée de 2003, ce sont les crises immobilières qui sont non seulement les plus lourdes de conséquences pour les économies nationales, mais également les plus contagieuses. ».

Prémonitoire, vraiment ? Si les lecteurs de Marianne savent que ce journal est souvent en avance sur son temps grâce à son positionnement de réflexion (par opposition au positionnement « scoop » de ses concurrents), il semble plutôt qu’ici ce sont les autres média qui furent absent. Personnellement je n’ai entendu parler de ce problème nulle part ailleurs, jusqu’à ces derniers jours. C'est-à-dire jusqu’à ce que ce que la crise explose.

La question est là : pourquoi ce sujet n’a-t-il pas été abordé ? Le sujet n’intéresserait pas les gens, pas assez spectaculaire ? Le sujet de l’explosion potentielle d’une grande crise économique… j’en doute ! Trop complexe ? Pas plus que n’importe quel autre sujet de société. Alors donc personne n’était au courant ? Visiblement, si.

Pourquoi alors, pourquoi n’en a-t-on pas parlé ? Je vois deux raisons. D’abord ce sujet ne va pas dans le sens de l’idéologie dominante qui veut que toujours plus de déréglementation (et en premier chef dans le secteur de la finance) libère toujours plus de richesse et, in fine, de bonheur terrestre. En fait on se rend compte que la déréglementation totale des marchés suivant les théories du libéralisme néoclassique est générateur de crises à répétition, de fragilité structurelle et de désastres humains.
La réalité ne va pas dans le sens de l’idéologie. Donc elle n’existe pas.

La seconde raison qui vient à mon esprit est plus prosaïque encore. Quitte à me faire de nouveau qualifier de paranoïaque je rappelle que pratiquement toute la presse française appartient à de grands groupes économiques, c'est-à-dire à la grande finance. Qui voit toujours d’un mauvais œil qu’on puisse parler de contrôle de ces nouvelles techniques qui apportent instabilité à la société mais aussi argent facile à ceux qui en profitent. Je pense que les choses sont plus compliquées dans la forme que tel que je viens de les exposer (je n’imagine pas de censures brutales d’un article par exemple). Mais sur le fond cela rejoint ma première explication. Plus largement, c’est une fois de plus la question de l’existence médiatique de la diversité des opinions qui se pose… ou, plutôt, de l’homogénéité inquiétante de la presse française (et pas seulement française, d'ailleurs).
Sources
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Commentaires




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Jonathan, le 27/08/2007 11:28
Une publicité pour Marianne s'est glissé dans cet article. Sauras-tu la retrouver ?

Sinon comme bon journal il y a Politis, www.politis.fr.

Une publicité pour Politis s'est glissé dans ce commentaire. Sauras-tu la retrouver ?

Turlupouet, le 19/08/2007 22:54
J'ai oublié une raison qui joue aussi : la conviction qu'il ne faut absolument pas parler des risques de crise car cela pourrait favoriser leur déclenchement ou leur agravation. Evidemment c'est idiot car ne pas parler du problème ne fait que le laisser empirer, mais à écouter les commentateurs j'ai l'impression que c'est une idée chose de très présent chez les journalistes qui parlent d'économie.
"Je suis convaincu que la peur du gouffre finira par jouer et que le Oui passera."
Alain Minc, Le Nouvel Économiste