Dans un sondage récent, 63% des français déclarent ne se reconnaître ni dans la droite, ni dans la gauche. Pourtant les deux candidats, socialiste et UMP, squattent à eux deux plus de la moitié du temps d'antenne des télévisions et des radios...
Dans un sondage récent, 63% des français déclarent ne se reconnaître ni dans la droite, ni dans la gauche. Pourtant les deux candidats, socialiste et UMP, squattent à eux deux plus de la moitié du temps d'antenne des télévisions et des radios, selon les calculs du CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuelle), peu suspecte de critique bornée du pouvoir. Et encore celui-ci précise que les interventions des « petits » candidats ont lieu plus souvent dans les périodes de sous-audience, par exemple les journaux du matin. Le 20 heure et le prime-time sont, eux, réservés au tandem Ségo-Sarko.
Alors le CSA se fâche : il « regrette une bipolarisation excessive » et demande aux chaînes de respecter « l'équité » à laquelle ils doivent se soumettre, selon la loi, en période pré-électorale. Sauf que le CSA n'a presque pas de pouvoir et que, sans appui politique, il ne peut rien faire. Mais, pourquoi le soutiendrait-on contre ce qui arrange tout le monde, enfin surtout l'UMP et le PS qui a fait main basse sur le pouvoir depuis trente ans ?
Le problème est que « l'équité » est un concept flou. Alors bien sûr les chaînes se justifient en brandissant les sondages : d'après eux Ségolène et Sarkozy regroupent plus de 50% des intentions de vote. Ce qui justifie un traitement au même niveau. Sauf qu'en y regardant de plus près, les deux tiers des français ne savent pas encore pour qui ils voteront ! Cela signifie que, en fait, ces deux candidats sont présents trois fois plus dans les média audiovisuels que ce qu'ils représentent dans la France réelle. Le chiffre laisse songeur...
Il va de soit que ce chiffre est exagéré puisque certains électeurs qui n'ont pas encore fait leur choix voteront forcément pour l'UMP ou le PS. Il n'empêche... Quelque soit le mode de calcul qu'on utilise, le volume d'apparition des deux chouchoux des média sera toujours supérieur à leurs électorats réels. Le PS et l'UMP ne représentent que 30 ou 40% des français à tout casser ! Si en plus on considère les différences qualitatives de traitement (niveau d'audimat...) alors on peut affirmer sans exagérer que Ségo-Sarko sont traités deux fois plus que leur représentativité réelle.
Cela pose deux questions essentielles de l'évolution de notre démocratie et donc de notre pays : la bipolarisation de la politique et la pluralité des média.
Bipolarisation de la politique
Le Front National représente au moins 15% des voix. Imaginons un extra-terrestre débarque en France. Il entend parler de Le Pen, souvent, tout le temps : il fait des score exceptionnel, c'est un très grave danger pour notre démocratie ! Il va encore être au second tours, il va prendre le pouvoir, qui sait peut-être pourrait-il gagner les élections ! Et caetera, et caetera... « Combien a-t-il de sièges à l'Assemblée Nationale ?, demanderait-il alors, 100, 200, 300 ? » Non, zéro. « Zéro ? A l'Assemblée Nationale qui est sensée représenter les différentes sensibilités du pays ? Êtes-vous bien sûr d'être une démocratie ? », demanderait, hébété, l'extra-terrestre qui avait pris quelques cours d'éducation civique avant de venir sur Terre.
La situation est la suivante depuis cinq ans : l'UMP qui ne représente guère plus de 20% des français (aller, posons 30% pour borne absolue) possède absolument TOUS les pouvoirs en France. Je fais la liste : les deux tiers de l'Assemblée Nationale et son président, la moitié du Sénat et son président (donc tout le parlement), la présidence de la république, le gouvernement et tous les pouvoirs qui lui sont liés, le CSA et donc les présidents des chaîne publiques (8 membres sur 9, dont le président), le conseil supérieur de la magistrature (présidé par Jacques Chirac), le conseil constitutionnel (7 membres sur 9, dont le président), et la majorité (structurelle) du corps des grands électeurs.
Jamais dans la Cinquième République - et sans doute même dans l'histoire de la démocratie française - jamais un parti n'avait concentré ainsi tous les pouvoirs politiques. Pour quel résultat ? Un débat en berne, des dirigeants arrogants, et des français qui n'ont plus que la rue (et la constitution européenne) pour s'exprimer. Et une France qui, grâce à l'immobilisme de son élite, continue, lentement, à s'enfoncer...
La pluralité des média remise en cause
Lorsque le rapprochement du Monde et de Hachette sera finalisé nous seront dans une situation parfaitement inédite qui ne semble quasiment pas faire de remous : tous les journaux du Midi et du sud de la France seront contrôlé par... un seul groupe financier. C'est du jamais vu ! Qu'aurait-on dit voilà 20 ou 30 ans face à une telle situation ? C'était tout simplement inimaginable. Aujourd'hui il faut croire que c'est normal... D'autant que la même histoire se répète partout en France. L'indépendance et la diversité de la presse régionale a quasiment disparu en quelques années seulement ! Que faut-il en penser ?
La situation de la presse nationale n'est guère meilleure. Face aux difficultés du marché pratiquement tous les grands organes sont dans une situation financière catastrophique et passent un à un sous contrôle de grands groupes financiers. Que faut-il en penser ?
Un autre exemple : TF1 (Bouygue). Il n'existe nul part en Europe, et sans doute dans le monde, un pays où un seul groupe privé contrôle à lui seul 35% du marché de la télévision ! LCI, deux chaînes de sport, bouquet satellitaire, inter-connections avec M6 et avec Canal+... Que faut-il en penser ?
Tous les super-groupes de presse écrite et audiovisuelle sont possédés par des entreprises dont les commandes dépendent directement de l'état, donc des hommes politiques : Dassault (Le Figaro, l'Expansion, L'Express, une pelleté de journaux et de chaînes régionales), Lagardère (Hachette et une pelleté de chaînes et radios), Bouygue (TF1)... La presse publique dépend des politiques et la presse privé désormais... aussi ! Que faut-il en penser ?
Malheureusement ces sujets essentiels sont largement absents du programme de la plupart des candidats. Et c'est bien dommage car il en va simplement de notre démocratie et de la possibilité ou non de faire bouger les choses, enfin. Tout le reste en découle. Le seul à avoir une réflexion poussée sur le sujet est François Bayrou. A titre personnel, c'est désormais acquis, je voterai pour lui.
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09/02/2007 00:27
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Commentaires
Turlupouet, le 09/02/2007 11:21
Oui c'est clair. J'ai entendu il y a pas longtemps le sondage suivant : 2 français sur 3 déclarent qu'ils vont faire leur choix pour la présidentielle avec la télévision.
Quand j'allume la télé je me dis qu'on est dans une belle merde...
znoug, le 09/02/2007 10:52
Heuseusement qu'on retrouve pas le bipartisme dans les dessins animés sinon je regarderai plus la télé moi...
Non mais je regarde plus trop le journal a la télé et du coup je pensais pas que c'était a ce point...Déjà que la télévision influence beaucoup le choix des gens...Alors a partir du moment ou il y'a des privilégiés ça devient completement injuste...
"Je suis convaincu que la peur du gouffre finira par jouer et que le Oui passera."