Moi ça va, et pourtant...
La chute de Sarkozy devrait même me réjouir. Et pourtant quelque chose me tracasse ce soir.
Je vais bien. Sentimentalement je n'ai pas de soucis. Professionnellement je suis aux anges. Et politiquement le mouvement auquel j'appartiens est dans une phase exaltante de conquête. Mieux même, si on peut dire, notre adversaire politique - celui qui utilise tout son poids et son pouvoir pour nous tuer - Nicolas Sarkozy est dans les choux. Tout est rose, donc ?

Non. Ce soir j'ai la gueule de bois.

J'ai mal à mon pays.

La dernière grande élection, la présidentielle de l'année dernière, créa des espoirs immenses. Tout allait changer, beaucoup l'ont cru, sincèrement. Depuis le temps que les politiques étaient "tous les mêmes", ça y était, nous avions enfin retrouvé un meneur en rupture avec le passé, celui qui allait changer les choses, relancer la machine, libérer les énergies : avec lui tout sera possible. Un nouveau De Gaulle, en somme. La France allait se retrouver et se relever !

Mais les observateurs avertis sentaient bien que la déception devait être cruelle. Que le nouveau président, avec ses croyances, ses fascinations, ses amis, ses méthodes n'était pas celui que la France avait cru élire. Mais que faire : le peuple s'était exprimé, et en masse !

Aujourd'hui tout à changé. Et le peuple français de vivre la plus grande désillusion depuis l'élection de Mitterrand en 1981. C'est à cette époque que la flamme de Front National se propagea dans le pays, un incendie durable... Je suis jeune en politique active. Pourtant du haut de ma jeunesse je peux déjà sentir dans mes expériences de tractage que quelque chose a changé. Tous les habitués vous le confirmeront : sur le terrain, dans les marchés, dans les rues, on sent les grands mouvements d'opinion bien avant les sondages. Et ce qu'on voit en ce moment chez les électeurs populaires du président ressemble à une vague de fond. Une lame profonde qui cisaille tout sur son passage, du pire au meilleur : une haine, une rage, une fureur contre tous les politiques, tous pourris, sans exception.

Moi y compris. Je n'avais encore jamais ressenti ça et ce n'est pas agréable.

La France, la France que j'aime, celle pour laquelle j'ai dépensé mon temps sans contrepartie, cette France enrage. Elle a fait un pas de plus vers le point de non retour, celui qui verra tous les démocrates et les progressistes jetés avec l'eau du bain de la démocratie trahie. Celui qui verra le peuple plonger dans les bras du plus autoritaire, le plus à même, pensera-t-on, de protéger.

L'Histoire est une lame de fond que nul n'est en mesure de stopper. Endiguer le peuple c'est créer, à court ou moyen terme, les conditions d'un raz-de-marée. Rappelez-vous les gargarismes de "Blacks, blancs, beurs" de la coupe du monde en 1998. Ils ont aveuglé tout le monde jusqu'au séisme Le Pen au second tours. Eh bien j'ai la conviction que nous sommes aujourd'hui précisément dans la même situation : tous les commentateurs se sont tapé sur le ventre de joie après le piteux score de Le Pen aux dernières présidentielle. Moi compris ! Depuis on considère que le problème n'existe plus. Pschiiit, disparu !

Mais tous ce que j'observe va dans le même sens : non seulement les forces autoritaires n'ont pas disparu du pays, mais leur recul n'était que le reflux qui annonce une nouvelle vague. Or tous ceux qui ont vu la mer le savent : plus fort est le reflux, plus grosse est la vague...

Plus que jamais la France a besoin de tous ceux qui l'aiment plus que leurs convictions, leurs croyances, leur communauté et leur personne.

Aragon, reviens et dis leur !
Conseiller la lecture de cet article : Une étoile : conseiller la lecture de cet article Une étoile : conseiller la lecture de cet articleUne étoile : conseiller la lecture de cet article Une étoile : conseiller la lecture de cet articleUne étoile : conseiller la lecture de cet articleUne étoile : conseiller la lecture de cet article
Commentaires




Si "Envoyer" n'a aucun effet, vérifiez que vous avez bien rempli les champs "Nom" et "Texte", ou, le cas échéant, que l'email et l'URL soient valides.
"Je suis convaincu que la peur du gouffre finira par jouer et que le Oui passera."
Alain Minc, Le Nouvel Économiste